Taissy, Pernes-les-Fontaines : six cents kilomètres et une seule maison
Sur la contre-étiquette de chaque bouteille figure une adresse qui n’existe nulle part ailleurs en Champagne : Pernes-les-Fontaines, Vaucluse. Le vignoble, lui, est resté à Taissy, dans la Marne. Entre les deux, il y a une route que Céline Charnay-Boutroy parcourt depuis plus de vingt ans.
Cinq générations, et un déménagement
La famille produit du champagne depuis 1880. Cinq générations se sont succédé sur la parcelle de Taissy. En 2001, Céline s’installe en Provence — par amour, sans abandonner le domaine pour autant.
« Ce n’est pas parce qu’on a épousé un Provençal que l’on doit renier les valeurs de sa famille, qui sont de produire du champagne depuis plus de 1880. »
Le choix a une conséquence concrète : environ soixante mille kilomètres par an entre le vignoble et le siège social. Les vendanges, la taille, le suivi des vins — tout se fait sur place, dans la Marne. La vente et l’expédition partent du Vaucluse.
Trois hectares treize ares de 1er Cru
La parcelle de Taissy est classée 1er Cru, l’un des quarante-quatre villages qui portent cette mention en Champagne. Exposition sud-ouest, sol argilo-calcaire de mi-coteau, vue sur la cathédrale de Reims à trois kilomètres.
La surface — trois hectares et treize ares — dit la taille de la maison. On est loin des volumes d’une grande marque, et c’est ce qui permet de suivre chaque cuvée personnellement, du rang de vigne jusqu’à l’étiquette.
Une vigneronne, deux régions
Céline est mère de deux enfants et mène le domaine seule. Les cuvées — Blanc de Blancs Élisabeth, rosé d’assemblage, Spéciale Prestige — sont distribuées principalement en Provence-Alpes-Côte d’Azur, là où la maison a bâti son réseau de cavistes et de restaurateurs.
C’est un modèle inhabituel : un champagne de la Marne, produit à l’ancienne, mais dont la vie commerciale se joue à six cents kilomètres de ses vignes, dans un département où l’on ne s’attend pas à en trouver.